Friday, 25 May 2012

Louis, Sarko, ironies

Le Grand Louis
Selon Karl Marx, ‘l'histoire se répète toujours deux fois ; d'abord comme tragédie, puis comme farce.’

Il ne s’est certainement pas trompé. Par exemple, Louis XIV, Louis le Grand, est sans doute l’un des monarques français les plus arrogants de tous les temps: ‘l’état c’est moi’; ‘une foi, une loi, un roi’. Il ne s’est certainement pas pris pour n’importe qui.

Et pourtant, à la fin du dix-septième siècle, il a eu tout le mal du monde pour en venir à bout de la petite république hollandaise.

Son émule en matière d’arrogance, Sarko-le-Petit, non seulement ne se prenait pas pour n’importe qui, mais par son comportement faisait savoir qu’il se positionnait en successeur de Napoléon. Ou plutôt, il positionnait Napoléon comme prédécesseur digne de Sarko.

Quelle belle ironie que c’est Hollande qui a donc montré ses limites au petit du vingt-et-unième siècle, comme la Hollande l’a fait au grand du dix-septième.



Le petit Sarko

Friday, 22 April 2011

La RATP: fer de lance de la mondialisation

La régie autonome des transports parisiens intervient aussi dans les transports londoniens ? Curieuse idée, n’est-ce-pas ? Mais pas moins vrai pour cela. Plusieurs lignes de bus, y compris la 94 de la photo mais également la 10 dont je me sers souvent pour me rendre au bureau, arborent avec orgueil la célèbre enseigne de la RATP.


Qui dit que la mondialisation ne se fait pas ? EDF est bien implantée en Grande Bretagne, AXA aussi, pourquoi pas la RATP ?

Et cependant la France n’est pas toujours très éprise de la mondialisation. Si nous réfléchissons aux discours qui ont changé le monde, tel l’Appel du 18 juin du Général de Gaulle, il faut accorder l’honneur qu’il mérite au discours historique de notre président actuel, prononcé à Dakar le 26 juillet 2007. Sarko a rassuré ses auditeurs que la France partageait leur souhait, d’une ‘autre mondialisation, avec plus d'humanité, avec plus de justice, avec plus de règles.’ Et il a eu le courage de citer Léopold Senghor, selon lequel ‘le français nous a fait don de ses mots abstraits –  si rares dans nos langues maternelles.’

Ce dernier débarquement des Français en Angleterre, RATP en tête, est donc lourde de promesse pour moi et mes compatriotes. Grâce à une mondialisation sarkozienne, plus humaine et juste, on a tout à espérer de ces nouveaux arrivés à Londres. Ceci dit, je tiens à signaler à Sarko que dans ma langue maternelle à moi, certains mots abstraits existent déjà – on sait bien dire opportuniste, mégalomane et profiteur. Mais peut-être que nous allons en maîtriser d’autres.

En tout cas, je suis tout à fait prêt à apprendre à dire ‘Londres Unie’ plutôt que ‘London United’. Et du moment que le 10 m’amène toujours de St Pancras International à Selfridges dans Oxford Street, je ne me plaindrais pas de devoir ce service à la RATP.


Postscriptum : qui rédige, au juste, les discours de Sarko-le-grand ? ‘Permettez-moi de remercier l'université de Dakar qui me permet pour la première fois...’ ‘Permettez’ et ‘permet’ dans la même phrase, à une douzaine de mots l’un de l’autre ? Quel lourdeur de style ! Qui leur a permis de permettre à un si grand président de commettre une pareille bévue ?

Tuesday, 19 April 2011

Interdictions vestimentaires : choisir la bonne cible

Vous avez de bonnes connaissances de l’anglais mais souhaiter les améliorer ? Ecoutez The News Quiz, diffusé le vendredi à 18h30 anglaise, 19h30 française, mais également téléchargeable pendant le reste de la semaine du site de la BBC :

http://www.bbc.co.uk/podcasts/series/fricomedy

Un des thèmes abordés la semaine dernière était l’interdiction du niqab et de la burqa en France. L’émission a posé l’excellente question, pourquoi s’en prendre uniquement à ces articles vestimentaires particuliers ? Ils ont même trouvé un défenseur : un comédien bien en vue, Jeremy Hardy, qui trouvait que la burqa avait le grand avantage de permettre aux gens de dormir un peu plus : on met le réveil deux minutes avant l’heure de départ de la maison, on se jette la burqa dessus, et qui devinerait qu’on a toujours son pyjama en dessous ?

De toute façon, d’autres vêtements figureraient aussi bien, voire mieux, sur la liste à interdire. Les tongs par exemple, ou les leggings, très favorisés en Angleterre. Personnellement, je commencerais par les leggings roses, mais tout le monde ne serait peut-être pas d’accord. L’un des participants de l’émission voulait cibler en priorité le port de sandales avec des chaussettes. Chacun à son goût, je suppose.


Leggings roses, tongs: encore moins admissibles que le niqab ?
Mais il s’agit d’une problématique très anglaise. Il est fort possible que les Français, tellement plus élégant que nous, ne font pas d’infractions aussi lamentables aux normes fondamentales du goût.

C’est peut-être pourquoi Sarko s’en est pris au voile islamique. Il ne s’agirait pas d’islamophobie, ni de refus des principes fondamentaux des droits de l’homme. Sarko veut s’ériger en défenseur de l'élégance vestimentaire, et interdire par cette loi éclairée la seule violation jusqu’ici tolérée aux principes de sytle sur lesquels la culture française repose.

Donc loin de le lui reprocher son entêtement sur cette queston, il faudrait féliciter Sarko d’avoir enfin accompli un acte politique vraiment digne de lui.

Entretemps, en Angleterre nous nous contenterons de viser le port du jaune avec le violet, et nous écouterons The News Quiz le vendredi soir, pour nous distraire un peu de toutes ces questions d'envergure véritablement sarkozienne.

Monday, 11 April 2011

Sarko: un pas de géant pour les droits de l'homme. Ou de la femme

Enfin, Sarko-le-Grand lance une initiative digne de lui, digne de sa taille. Le port du niqab ou de la burqa est interdit en France.

Otto von Bismarck, chancelier allemand qu’il faut citer de temps en temps même si dans son époque il a parfois causé quelques petits ennuis à la France, disait que ‘la politique et l’art du possible.’ Seul un fanatique ou un naïf, et il s’agit souvent de la même personne, s’attaquerait à des problèmes réfractaires à toute solution. En ce moment, il y a deux millions de chômeurs en France. Leur fournir une échappatoire ? La tâche est lourde. Est-ce que Sarkozy en a la taille ? Pas évident.

Il a donc fait preuve d'un pragmatisme bien solide en choisissant une question mille fois plus petite. 2000 personnes portent le niqab ou la burqa en France. De surcroît, il s’agit de femmes. Voilà une cible digne d’un grand chef d’état.

Pour résoudre l’autre problème, bien plus grave, il faut quelqu’un d’une autre taille. Il paraît qu’il y en ait un au Fonds Monétaire International.

Pas sûr, cependant, que le Parti Socialiste le choisisse comme candidat au prochaines présidentielles. Parce que si à l’Elysée, on a du mal à voir les choses en grand, rien ne dit qu’au parti socialiste ils aient une vision plus claire des choses.


Pour des raisons peut-être incompréhensibles, je n’ai rien trouvé de mieux
pour illustrer
ce blog qu’un graphique du chômage en France


Monday, 14 March 2011

La Marine débarque en Italie

Marine le Pen va donc à l’île italienne de Lampedusa.

C’est là que l’Italie enferme les immigrés clandestins arrvant de la Tunisie et de la Libye, deux pays pour lesquels on veut tout faire, à condition que cela ne nous coûte pas grand-chose.

Est-ce que Marine compte ainsi venger la France pour la défaite par l’Italie au Stade Flaminio samedi dernier ? Si oui, elle est bien cruelle – après tout, il ne s’agissait que d’une simple partie de rugby.

Mais la vengeance ne serait complète que si Marine restait sur place. Signalons au passage que l’île contient une prison de haute sécurité toute prête pour la tâche.

Et cela représenterait un soulagement pour la France encore plus importante qu’une petite vengeance sportive.

Monday, 25 October 2010

Gloire et honte des armes britanniques

Aujourd’hui, c’est la St Crépin. Tout écolier anglais connaît – ou du moins a entendu – le discours de Shakespeare, qu’il met dans la bouche du roi anglais Henri V, juste avant la bataille d’Azincourt : ‘this day is called the feast of Crispin’ et plus tard ‘we few, we happy few, we band of brothers, for he today that sheds his blood with me, shall be my brother.’ ‘Band of brothers’ est une expression qui est entrée dans la langue courante (c’était le titre d’une excellente série de par Spielberg, sous le nom français de Frères d’armes). Et ‘happy few’ est même devenu une expression de la langue française.

La semaine dernière, plus précisément jeudi 21, était le jour anniversaire de la bataille de Trafalgar.

On passe donc par un moment pas trop réjouissant pour des Français, avec trop d’anniversaires de défaites infligées par le grand ennemi historique de la France.

J’ai donc voulu offrir un brin de soulagement à mes compatriotes français en racontant l’incident le plus récent de l’histoire de la marine britannique, traditionnellement la plus puissante branche militaire du pays.

Il concerne le sous-marin, HMS Astute. Hélas, il ne s’est pas avéré très astucieux. Construit pour pouvoir rejoindre n’importe quel zone de conflit du monde, son autonomie lui permet de rester au large pendant 3000 miles nautiques. Et pourtant lors de son premier essai en mer, il s’est échoué à quelques kilomètres de sa base, sans même avoir quitté les eaux territoriales du Royaume. Le pire : il a été construit, à un cout de 1,2 milliards de livres, pour des missions furtives. Il était donc gênant de le voir, exposé à n’importe quel passant, près de l’Ile de Skye, une des principales destinations du tourisme en Ecosse.

Heureusement, tout cela s’est passé vendredi dernier. Imaginez s’il s’était produit jeudi, anniversaire de Trafalgar. Mais même vendredi – quel honte. La Royal Navy n’est vraiment plus celle qu’elle était à l’époque de Nelson.

Quelle ironie que juste à ce moment, où le déclin de la puissance maritime militaire britannique aurait permis de songer à une juste vengeance de la France pour la honte de Trafalgar, la conjoncture soit telle que la guerre entre la France et la Grande Bretagne est devenue inconcevable.

Quoique, avec Sarko-le-Grand à l’Elysée, qu’est-ce qu’on peut vraiment exclure définitivement ?

Sunday, 17 October 2010

Burqa et citoyenneté

Curieuse histoire, celle de Marlène Ruby, l’institutrice à la retraite qui a eu l’idée de proclamer les droits de l’homme en arrachant le voile de la tête d’une musulmane, d’ailleurs même pas française, en burqa.

Je comprends bien que certains pourraient bien vouloir défendre l’action de Marlène et avanceraient des arguments bien convaincants. Pour les aider, je propose donc une situation hypothétique où certains fait sont changés, mais le fond de la chose reste le même. Je trouve que c’est souvent une façon efficace de voir les points faibles d’un argument autrement spécieux.

Supposons qu’au lieu d’une femme, il s'agissait d'un homme qui avait entrepris l’action, et qu’au lieu d’une femme des Emirats, il s’en était pris à une jeune française, et qu’au lieu de lui arracher un voile, il lui avait arraché le haut d’un bikini. Après tout, il y a de nombreuses cultures à travers le monde où il est normal que les femmes se promènent seins nus. Par quel droit les pays occidentaux les obligent de se couvrir ?

Je me demande combien de gens trouveraient l’action louable, une légitime défense des droits de l’homme. Certains trouveraient même que ce serait une atteinte inadmissible à la pudeur de la victime, et que celle-ci a le droit de définir pour elle-même ce qui constitue la modestie. Ils trouveraient peut-être qu’une telle action frôle l’agression sexuelle, précisément parce qu’elle ne respecte pas les critères de modestie de la femme en question.

Il suffit d’ajouter que plusieurs de nos amies musulmanes nous ont assuré que pour elles, sortir sans se couvrir la tête les choquerait autant que de sortir nues.

Je me demande par quelle droit nous leur imposerions une idée de liberté qui nie leur désir de modestie ?

Par ailleurs, c’est avec grand plaisir que j’ai découvert que la peine pour le port de la burqa en France n’est pas seulement d’une amende (de jusqu’à 150 euros). Elle peut être assortie de, ou remplacée par, un stage de citoyenneté.

J’adore le fait que dans la France de Sarko-le-grand, l’apprentissage de la citoyenneté soit perçue comme une peine.

Tuesday, 28 September 2010

La paléontologie du paysage politique français

Deux émissions récentes à la radio anglaise, sur les hommes de Neandertal, m’ont donné beaucoup de matériel à réflexion.

D’abord, parce que les Neandertal étaient bien costauds et bien courageux. Par exemples, ils faisaient la chasse aux grandes bêtes de l’époque avec des lances qu’ils enfonçaient dans leur proie. Par conséquent, il fallait s’approcher de très près pour les tuer. Pourtant, il ne s’agissait pas de petites bêtes peureuses qui se laissaient faire, mais d’énormes animaux tels les mastodontes, plus que capables de se défendre, et qui apportaient parfois des blessures affreuses à leur agresseurs.

Courage admirable, force remarquable. Mais quant à l'intelligence, elle est nettement moins impressionnante. Des lances à lancer, encore mieux des arcs, auraient étaient bien plus efficaces, leur auraient permis de faire leur chasse à moins de péril.

Ensuite, j’ai appris qu’il est fort possible que nous avons tous du sang Neandertal, qu’il y a eu assez de croisement entre homo sapiens et les Neandertal pour bien mélanger nos gênes.

Et puis j’ai appris que si nous avons trouvé des traces de ces ancêtres partout en Europe et jusqu’en Asie Centrale, c’est en France que nous avons découvert le plus de restes.

Ils avaient sans doute aussi le don de la langue, mais probablement à un niveau assez restreint.

Et enfin, l’un des savants a émis l’opinion sédcuisantes que les Neandertal étaient les vrais Conservateurs purs de l’histoire humaine. 400 000 ans d’existence et leur technologie à la fin était la même qu’au début. Ils étaient très mal placés pour résister à l’invasion, venue d’Afrique, des homo sapiens avec leurs arcs et leurs outils bien plus évolués et efficaces.

Tout cela m’a fait naître une idée que je tiens absolument à vous soumettre, histoire de voir si elle tient debout.

Le comportement de la droite française m’a toujours paru incompréhensible, primitive et intellectuellement pauvre.

Est-ce que l’explication ne serait pas que le sang Neandertal, déjà un peu concentré en France, s’exprime surtout dans les rangs de l’UMP ? Evidemment, en plus petit dans le cas de Sarkozy, mais avec toute sa force dans son front proéminent, son caractère bagarreur et le manque de génie de ses idées.

Des reflexions analogues s'appliquent également au problème des capacités linguistiques. Il est peut-être trop facile de prendre la confusion récente dans l’esprit de Rachida Dati entre ‘fellation’ et ‘inflation’ comme lapsus freudien, exprimant son horreur devant certaines pratiques sexuelles perçues comme aussi perverses qu’une abomination économique, mais est-ce qu’elle ne trahit pas plutôt une composition génétique peu apte à la maîtrise de la parole ?

Et puis toute cette hargne contre les Roms – ne s’agirait-il pas d’une mémoire atavique des dangers d’une invasion d’un peuple étranger si menaçante pour les Neandertal, lorsqu’il s’agissait des homo sapiens, que leurs descendants gardent une peur irrationnelle de tout ce qui vient d’ailleurs ?

Pour moi j’ai le sentiment de voir enfin clair dans le phénomène UMP inexplicable jusque là.

Si je trouvais désormais une explication aussi convaincante du mystère du PS, encore plus bizarre dans ses comportements que l’UMP, j’aurai l’impression d’avoir vraiment franchi un cap important dans ma compréhension du paysage politique français.

Saturday, 18 September 2010

Rachida, Brice et la gymnastique intellectuelle et émotionelle

Le cinéma, le théâtre, un bon roman, ce sont d’excellents moyens pour se distraire un moment, parfois même pour s’instruire. Rien, cependant, n’est capable de nous émouvoir autant que le spectacle perpétuellement renouvelé et toujours étonnant de la politique.

Où, hors une fête foraine, trouverait-on ces revirements vertigineux qui nous coupent le souffle tout en nous amusant et nous révélant le fond de l’esprit humain ? Et je ne parle pas des revirements que font nos politiques – je parle de ceux qu’ils nous obligent à accomplir nous-mêmes.

Prenons le cas de Rachida Dati, par exemple. C’était la fille gâtée de Sarko-le-Grand, parent trop indulgent contraint à la longue à la punir en l’envoyant à Strasbourg au parlement européen. Député européen – qui n’accepterait pas de se sacrifier et prendre la place de Dati ? Surtout si, de surcroît, cela nous permet de vivre à Strasbourg, haut-lieu culturel du monde comme tous ceux qui connaissent la ville sont contraints d’avouer ?
Rachida - faut-il revoir nos impressions ?

Eh, ben, Rachida n’était pas contente. Et elle s’est exprimée en termes absolument explicites avec une amie, à un moment où elle portait toujours le micro, allumé, d’un journaliste.

C’était un incident qui a quelque peu affirmé notre perception de la belle Rachida comme quelqu’un auquel il manquait, comment le dire, un petit soupçon de maturité.

Et aujourd’hui, tout cela change.

Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur, tient des propos qui frôlent le racisme. Et qui saute dans la brèche avec son épée dénonciatrice si ce n’est notre Rachida ? Et elle mène son combat avec lucidité et subtilité, en félicitant – sur RTL, allez voir – le Ministre du ‘courage’ avec lequel il a présenté ses excuses. C’est comme si on félicitait un lycéen sur l’élégance avec laquelle il avait raté son bac.

Et la fameuse burka ? ‘Il y a des sujets graves en France – le chômage – la crise financière …’ nous dit-elle, ‘je trouve qu’il y a, pour moi, des priorités beaucoup plus importantes pour les français et la vie des français.’

Que dire ? Si la petite fille qui lançait ces jouets de son landau est devenue un vrai leader, un personnage d’état, posé, profond, une voix de modération, tout l’ordre naturel des choses est bouleversé. La mer est tombée dans le ciel et les arbres dégorgent de poissons.

A part les fêtes foraines, il n’y a que la politique qui puisse nous faire connaître de telles émotions.

Wednesday, 25 August 2010

Les microbes, antidote à l’arrogance

L’être humain est beaucoup trop sûr de lui, en tant qu’espèce. Il est temps de mettre fin à notre arrogance, d’apprendre un peu d’humilité.

Pendant presqu’un milliard d’années, il n’y eut aucune trace de vie sur terre. Ensuite, il y a à peu près 3,8 milliards d’années, apparurent les premiers organismes vivants – tous des microbes. Pendant les trois milliards d’années suivantes, ils sont restés seuls sur terre (dans la mesure où on peut parler de ‘solitude’ dans le contexte d’un si grand nombre d’organismes, affichant une telle diversité). Quant à l’homme, cela ne fait que quelques centaines de milliers d’années que nous sommes là. Des parvenus, quoi, dans un monde qui appartient aux microbes.

D’ailleurs, la situation actuelle nous offre encore des preuves de cet état des choses. La masse totale des microbes sur terre aujourd’hui fait plus de 5000 fois le poids de l’humanité entière. Même à l’intérieur de chacun de nous, 90% des cellules dans nos corps sont des microbes. Les cellules qui sont proprement les nôtres ne constituent que les 10% restants.

C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu ce matin les conclusions d’une équipe des scientifiques de la Lawrence Berkeley National Laboratory en Californie sur la disparition, apparemment quasi-miraculeuse, du pétrole versé dans le Golfe du Mexique par BP. Cette disparition était en réalité complètement naturelle est le fait de microbes pour lesquels le pétrole est une véritable friandise. Leur population s’est agrandi de façon spectaculaire depuis l’accident et ils réduisent de moitié la quantité de pétrole dans la mer tous les trois jours.

Si nous avons besoin d’une leçon d’humilité, en voilà une. Microbes, je vous salue. Je vous félicite de votre dévouement et du succès extraordinaire dont il a été couronné. Je vous remercie d’avoir si bien réparé les dégâts dont mon espèce a été responsable. Je suis désolé du dérangement que notre présence vous cause.

Surtout, ne vous inquiétez pas trop : étant donné notre façon de nous comporter, elle ne devrait pas vous gêner encore très longtemps.

Monday, 16 August 2010

L'anglais, langue internationale. Et ça aurait pu être pire

Si la France et l’Angleterre ont entretenu depuis des siècles une concurrence parfois sournoise, parfois ouverte et violente, la rivalité entre leurs langues a été tout aussi intense. Cependant, au grand dam de la France, la superpuissance Américaine semble avoir résolu le conflit linguistique entièrement en faveur de l’anglais. Au moins, pour le moment.

C’est dur à avaler, surtout étant donné la prédominance du français il n’y a que deux siècles et demi. A Berlin, quand Frédéric le Grand voulait se faire une réputation d’écrivain, il se mit à écrire en français et demanda à Voltaire de l’aider. Ecrire en allemand, c’eut été se borner à un monde essentiellement provincial. En Pologne et en Russie, la cour parlait français. C’était la langue de la diplomatie. Même aujourd’hui, la traduction en anglais du terme français ‘attaché’ est – ‘attaché’. Il n’y a que la prononciation qui change, et l’utilisation de l’accent aigu, sujet sur lequel les anglophones peuvent se montrer cavaliers, qui fait parfois défaut.

Il est peut-être embêtant de voir triompher l’anglais, mais consolez-vous : cela aurait pu être bien pire. Pour comprendre cela, remontons un petit peu dans l’histoire.

L’année 878 était dure pour l’Angleterre. D’abord, parce qu’elle n’existait pas encore. Ensuite, parce que sur les quatre royaumes qui constituaient ce qui allait devenir le pays, trois étaient tombés sous domination Danoise. Seul résistait le royaume du Wessex, dans le sud et sud-ouest, sous son roi Alfred.

Les Danois, des Thierry Henri avant la lettre, n’étaient pas très fair-play. Ils ont lancé leur attaque peu de temps après Noël. Inadmissible. Personne n’est prêt à se battre au moment des fêtes. On a trop mangé, beaucoup trop bu. Le 6 janvier 878, Alfred subit une défaite cuisante lors d’une bataille autour de son palais à Chippenham. Pendant la fête des rois, vous vous rendez compte. Je n’ai pas pu vérifier s’il eut même droit à la fève. Il dut se retirer et se réfugia dans une région marécageuse, dont il y en avait pas mal à l’époque, le climat étant le même qu’aujourd’hui et le drainage beaucoup moins efficace.

Pendant plusieurs mois il s’occupa à rassembler une nouvelle armée. Enfin, au mois de mai, il lança sa propre offensive et remporta une victoire quasi miraculeuse à la bataille d’Eddington. Le pays fut partagé, entre un nouveau royaume anglais sous Alfred, composé de ses propres territoires du Wessex et l’ancien royaume de Mercie, et le ‘Danelaw’ au Nord et à l’Est, retenu par les Vikings jusqu’au règne d’Athelstan, petit-fils d’Alfred, et premier roi d’une Angleterre enfin unie.

Mais le pas décisif pour l’histoire de la langue fut prise par Alfred lui-même. C’était un grand intellectuel. Il voulut améliorer l’éducation de ses sujets et lança une campagne de distribution des plus grands textes, écrits ou traduits en Anglais. Il traduisit lui-même un texte de St Grégoire.

Il semble que c’est bien à partir de cette époque là que l’anglais devint une langue littéraire, capable d’évoluer vers ce qu’elle est aujourd’hui, le moyen de communication privilégié du monde entier.

Même les Normands, en débarquant presque trois siècles après, ne purent faire du français que la langue de la cour. Petit à petit, l’anglais qui était resté la langue du peuple, se releva et redevint la langue nationale.

Donc, si vous êtes obligés, à contrecœur, d’apprendre l’anglais en France, c’est grâce à la victoire d’Edington obtenu par ce satané Alfred.

Ceci dit, les choses n’auraient guère étaient mieux s’il avait perdu. Il y a de fortes chances que nous parlerions tous Danois aujourd’hui. Et en Suède on dit que le Danois n’est pas une langue mais une maladie de la gorge.

Mieux vaut se résigner à parler anglais.

Monday, 9 August 2010

Le 9 août, anniversaire génant

Deux fois par an, à trois jours d’intervalle, il m’arrive de sourire, d’un sourire un peu jaune j’avoue, de l’histoire de l’intervention occidentale en Iraq.

En 2002 et 2003, les préparatifs à l’invasions ont divisé la Grande Bretagne de fond en comble. Mais si c’était une époque troublante pour le pays, c’est un souvenir personnel qui fait que j’y pense de temps en temps, et sans aucun plaisir.

Nous avons tous connu des moments dont nous nous souvenons avec honte longtemps après. L’un de ces moments, pour moi, s’est produit pendant un diner, entre collègues, dans un petit hôtel du Yorkshire. Nous assistions à un congrès dans la pittoresque ville de Harrogate, mais toutes les chambres de la ville étaient déjà prises. Nous nous sommes donc trouvés dans un village féérique à quelques kilomètres de la ville, tout en pierre grise, caché au fond d’une des vallées vertes, boisées par endroits, ouvertes par d’autres, chacune avec leur petite rivière avec un pont en pierre taillée, vallées qu’on appelle les Dales dans le parler local, nom qu’elles ont donné à cette magnifique contrée, l’une des plus belles du pays.

A table, la discussion a viré sur la question de la guerre dont personne ne doutait plus qu’elle allait éclater d’un jour à l’autre. Nous étions presque aussi sûr de la participation britannique à l’invasion, malgré l’opposition massive dont avait fait preuve le peuple.

Un de mes meilleurs amis était à table avec nous.

‘Nous ne pouvons quand même pas laisser des armes de destruction massive à Saddam,’ disait-il.

‘Mais il n’en a pas,’ répondis-je.

‘Comment le sais-tu ?’

‘Parce que l’ONU est en train d’en chercher, sur le terrain, et n’en a pas trouvé. Ce serait ridicule de partir en guerre pour éliminer une menace qui n’existe pas.’

‘Ben, il faut que tu commences à t’habituer à l’idée que cette guerre, elle se fera, que tu le veuilles ou non.’

Pour une raison que je peux m’expliquer, cette réponse m’a particulièrement irrité, et j’ai répondu avec chaleur, ‘j’espère que les familles des milliers de morts que nous allons faire, surtout de civils mais aussi de nos propres soldats, pardonneront d’avoir agi de façon si légère.’

Malheureusement, je l’ai dit fort – mon ami était à l’autre bout de la table – et par coïncidence, il y a eu un silence dans la petite salle à manger juste au moment où j’ai parlé. Mon hostilité envers un ami proche et loyal fut donc étalé devant tout le monde, collègues et étrangers. Il y eut un instant de gêne partagé par tout le monde dans le restaurant, avant que quelqu’un ait la présence d’esprit de relancer la conversation sur d’autres thèmes.

L’ami en question a sans doute oublié la conversation. Il a de toute façon changé entièrement de position et trouve l’intervention en Iraq injustifiée et profondément contre-productive, comme tout le monde sauf les partisans irréductibles de Bush et de Blair. Mais à chaque fois que je repense à ce moment, je ressens la même gêne de m’être laissé emporter par ma colère, et d’avoir oublié que l’amitié vaut bien l’effort de se taire de temps en temps, même sur des questions qui nous tiennent à cœur. De toute façon ma passion n’allait service à strictement rien.

Et quelles sont les deux dates auxquelles je me souviens plus particulièrement de tout cela ? Et bien, le 6 août et le 9, aujourd’hui. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de l’anniversaire des seules deux fois où l’humanité s’est vraiment servie d’armes de destruction massive, en larguant des bombes nucléaires en 1945 d’abord sur Hiroshima et ensuite sur Nagasaki.

La belle ironie est que ce n’était pas les Iraquiens, ni des intégristes musulmans, ni des supposés terroristes qui ont tué les centaines de milliers qui sont morts sur le coup ou des suites du bombardement. Au contraire, c’était précisément les deux pays qui ont mené l’intervention en Iraq pour empêcher l’utilisation de ce genre d’armes par un pays qui n’en avait pas : les Etats Unis appuyés par la Grande Bretagne.

Ce soir je réfléchirai aux paradoxes de la politique internationale. Je me demanderai si les Etats Unis et la Grande Bretagne ne profiterait pas d’apprendre un peu plus de retenue. Mais je me demanderai si moi aussi j’en ai appris, depuis cette lointaine soirée de 2003 dont je ressens toujours une honte si vive.

Saturday, 31 July 2010

Corridas catalanes et romaines

Les choses bougent en Europe du Sud. La Catalogne rejette les corridas ; par contre, en Italie une vieille bête est obligée de se traîner devant un matador habile qui lui inflige un coup peut-être fatal. Cela peut sembler incohérent, mais je suis ravi des deux nouvelles.

J’adore le terme ‘tauromachie’. Son origine grecque lui donne un air érudit, presque intellectuel. Et pourtant ce qu’il représente est un soi-disant sport qui consiste a rendre fou une bête par la torture et ensuite la mettre à mort. Il est curieux qu’elle trouve encore des défenseurs. Je salue donc la Catalogne d’avoir pris la décision de l’interdire à partir de janvier 2012. L’Espagne est si moderne dans tant de ses valeurs, mais en ce qui concerne cette tuerie elle refuse de sortir de la barbarie. Qui sait. Peut-être que dans quelques années elle se laissera moderniser également de ce point de vue, en suivant l’exemple de cette belle région – désolé : nation – je ne veux surtout pas vexer les Catalans.

Entretemps, en Italie Berlusconi approche de son moment de la vérité. Son matador présumé ? Un ancien collaborateur et allié, ancien leader du parti postfasciste, Gianfranco Fini. C’est un personnage remarquable, qui s’est réinventé comme porte-parole d’une centre-droite plutôt libérale. Et je veux dire ‘libéral’ autant du point de vue social qu’ économique.

Cette histoire me rappelle le soir où un ami français est venu me rejoindre dans la petite ville d’Aoste, traditionnellement francophone quoique Italienne. Il souriait et je lui ai demandé la raison.

‘A la frontière,’ m’a-t-il dit, ‘j’ai demandé si je pouvais changer des francs en lires quelque part malgré l’heure tardive.’ Et oui, c’était au mauvais vieux temps avant Schengen et la monnaie unique. ‘Le douanier m’a répondu « tutto si può »’.

‘Tutto si può’. Tout est possible. Cela devrait être la devise italienne. Convertir un fasciste en défenseur des valeurs républicaines ? En Italie, cela n’a rien d’impossible.

En tout cas, si le coup est porté à Berlusconi, pourquoi s’interroger sur sa source ? Au moins lui a des moyens de se défendre bien plus solides qu’un pauvre taureau blessé. Et sa chute nous priverait de quelque chose de bien moins utile.

Une corrida à ne pas interdire, voire à encourager ? Celle, métaphorique, où Berlusconi serait la victime. Aiguise bien ton épée, Fini.

Monday, 26 July 2010

Libertés : la majorité doit protéger celles des minorités

Est-ce qu’il est temps que la lutte pour les droits de l’homme passe à un autre stade supérieur ? Au moins dans les pays démocratiques ?

Je pose la question parce qu’il me semble que la plupart des droits fondamentaux sont plus ou moins acquis de nos jours. Par cela je ne veux pas dire qu’on peut baisser la vigilance : acquis ou non, tout droit peut nous être retiré et il faut être prêt à le défendre. Mais je trouve qu’il y a d’autres droits que nous sommes loin d’avoir obtenus et pour les obtenir, il faut une lutte bien plus dure puisqu’elle se passera d’abord et surtout à l’intérieur de chacun d’entre nous.

Pour ce qui concerne les droits fondamentaux, prenons comme exemple la liberté d’expression, dont Sören Kierkegaard disait que c’est celle que les gens exigent pour compenser la liberté de pensée qu'ils préfèrent éviter. Kierkegaard n’avait peut-être pas tort, mais il me semble quand même que la liberté d’expression reste essentielle. Il faut pouvoir dire au pouvoir tout ce qu’on pense de lui, même si en face on ne nous écoute pas.

Il est donc important de défendre cette liberté. Si un journal danois publie des dessins de Mahomet, la presse française a le droit de les reproduire. Mais c’est là qu’on passe au prochain stade de la lutte pour les libertés. Car qui dit ‘droit’ ne dit pas ‘obligation’. Si on a le droit de mettre les dessins danois à la une de nos journaux, on a également le droit de dire ‘oui, d’accord, mais est-ce que cela aurait vraiment une utilité quelconque ? Ou est-ce que leur seul but est d’emmerder la minorité musulmane ? Si on se montrait moins mal élevés que les Danois et ne les publiait pas ?’

En fait, c’est là ce que je vois se définir la prochaine étape de l’évolution des droits de l’homme. On a établi le principe que c’est la majorité qui décide de la composition du gouvernement, c’est la majorité qui décide des lois, c’est la majorité qui donne à la société une forme à son image. C’est un énorme progrès qu’on en soit arrivé là, que ce ne soit plus quelques nobles et quelques ecclésiastiques qui prennent toutes ces décisions. Mais la prochaine étape est celle où la majorité qui se montre plus éclairé, et surtout plus généreuse, que la minorité dont elle a pris l’autorité. Bref, elle se montrera résolue à défendre les droits de la minorité, des minorités, aussi farouchement que les siens.

En France, elle comprendra que le souhait de 1800 femmes de porter le niqab est un droit à respecter, pas un abus à réprimer. En Angleterre, elle comprendra que la liberté d’expression ne s’applique pas uniquement à ceux dont les idées sont conformes aux notres. Rien ne serait plus facile que d’accorder des droits à ceux qui exprime nos propres idées ; le défi est d’accorder les mêmes droits à ceux qui nous interpellent, que ce soit des députés européens britanniques d’extrême droite invités à s’exprimer sur la BBC, ou des islamistes revendiquant un nouveau califat.

Ceci dit, agir contre des minorités minuscules ne coûte pas grand’ chose aux gouvernements et distrait bien leurs concitoyens d’autres questions, peut-être plus troublantes, telles que le chômage, la dégradation de nos services publiques ou les inégalités de nos sociétés. Peut-être que pour nous aussi c’est plus facile d’interdire le niqab ou nier le droit à la parole à des extrémistes que de faire face aux vraies difficultés de base auxquelles nous sommes confrontées.

La question est de savoir si ce sentiment de confort vaut ou non l’abandon de principes fondamentaux de la liberté universelle.

Tuesday, 13 July 2010

Sarko : les affaires financières font honneur à la France

Vertigineuse, cette chute dans les sondages de l’excellent Monsieur Sarkozy.

Gros titre de Libération : ‘Sondage : Sarkozy chute de 13 points’. Mais là ses avis favorables étaient à 41%. C’était en février 2008.

‘Sarkozy au plus bas’ titrait Le Monde. Mas il était encore à 38%. Quand ? en février de cette année.

Aujourd’hui il n’y a que 32% des Français qui lui font confiance. Même Martine Aubry le devance – Martine Aubry. S’il ne réussit rien d’autre, c’est déjà un exploit de la part de Sarkozy d’avoir rendu Aubry éligible.

Le plus étonnant, vu de l’Angleterre, est le dernier chapitre de cette série passionnante d’accidents à s’être déferlés sur Sarko-le-Grand. C’est l’histoire des 150 000 euros qui auraient, ou qui n’auraient pas, été versés par Liliane Bettencourt à l’UMP avec ou sans l'aide d'Eric Woerth.

Quelle hommage à la probité des Français ! En Angleterre, Michael Ashcroft, une des forces du parti Conservateur et aujourd’hui une des ses vice-présidents, est devenu Baron et membre de la Chambre des Lords en 2000. Officiellement domicilié à Belize depuis des années, il ne payait d’impôts que sur une partie minime de son revenu. Il s’est engagé a régulariser ses affaires fiscales, en contrepartie de son élévation aux Lords.

Mais régulariser ne veut pas nécessairement dire mettre fin à l’arrangement avec Belize qui lui permettait de mettre une si grande partie des ses revenus à l’abri de toute fiscalité. Ce n’est que depuis une semaine, et sous la menace de se voir exclu des Lords, qu’il ait accepté de se faire officiellement domicilier en Grande Bretagne et donc payer ses impôts. En tant que membre d’une des Chambres du Parlement, il comptait légiférer pour nous tous, y compris sur notre fiscalité, sans y être sujet lui-même.

Pendant ses dix ans de pouvoir sans obligation, il a donné, ou du moins une de ses sociétés a donné, 5,1 million de livres au parti Conservateur.

Et la bagatelle de 150 000 euros fait un tel scandale en France ? Quel honneur à la France et son engagement envers une transparence financière parfaite.

Sunday, 27 June 2010

La ressemblance franco-anglaise et l'histoire du colonialisme

Le 30 janvier 1972, des parachutistes anglais ont fait irruption dans la quartier du Bogside, dans la ville de Derry de l’Irlande du Nord. A la fin de l’après-midi, treize civils avaient été tués (un quatorzième est mort par la suite de ses blessures).

Le 30 janvier était un dimanche, et le jour est entré dans l’histoire sous le nom de ‘Bloody Sunday’.

Trente-huit ans plus tard, le 15 juin 2010, nous avons appris les conclusions d’une enquête menée par Lord Saville sur plus de dix ans, et qui a décidé que les victimes du 30 janvier avaient été tuées illégalement. Les parachutistes pourraient désormais se trouver poursuivis pour meurtre.

En 1972, l’IRA, l’armée irlandaise républicaine, était moribonde. Le soir même de ce dimanche-là, des centaines de jeunes hommes se portèrent volontaires, dont Martin McGuiness, aujourd’hui Premier Ministre Adjoint dans le gouvernement de l’Irlande du Nord. Ce renouveau de l’IRA garantit que les ‘Troubles’ allaient durer encore 25 ans et coûter la vie à 3500 personnes.

Il a fallu 38 ans pour en arriver là. Et le pire est que ce n’était même pas le premier ‘Bloody Sunday’ de l’histoire tragique de la présence anglaise en Irlande. Dimanche 21 Novembre 1920, l’IRA tua quatorze agents britanniques à Dublin. L’après-midi, des soldats ouvrirent le feu sur le public à un match de football Gaélique, en tuant quatorze civils – l’égalité du nombre était sans doute une coïncidence étant donné que les soldats tirèrent plus ou moins arbitrairement dans la foule. Les soir, trois prisonniers moururent assommés par des gardes qui empêchaient leur ‘tentative d’évasion.’

Mais ce genre d’événement n’est pas du tout limité à l’Irlande ou à l’impérialisme britannique. Pierre Vidal-Naquet, l’historien français mort en 2006, estimait qu’il y a eu des centaines de milliers de victimes de torture par l’armée pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie. L’impact de ces événements a été presqu’aussi dévastateur pour les soldats que pour leurs victimes. Un des cousins de ma femme est parti au service militaire jeune, joyeux et dynamique ; il est revenu terne, déprimé, suicidaire. Il est mort trop jeune, alcoolique, divorcé et ayant été incapable de se bâtir une carrière égale au potentiel qu’il avait affiché avant son départ en Algérie.

Dans un blog précédent j’avais parlé de la ressemblance des Anglais et les Français en 1940, surtout dans leur manque d’enthousiasme pour une nouvelle guerre si peu de temps après la fin de celle d’avant, si sanglante. J’avais écrit que ‘c’était le moment où deux empires tiraient à leur fin, deux empires qui n’avaient profité que marginalement à leur peuple.’ L’empire britannique à son plus haut point avait généré autour de 10 livres par an par personne, une somme infime.Il avait fourni le moyen de faire fortune à une très petite minorité ; c’était pourtant la vaste majorité qui avait souffert pendant la Grande guerre et qu’on appelait à de nouveaux sacrifices en 1940. Des sacrifices de la part de gens modestes, au nom de puissances impériales qui avaient tenu très peu de promesses à leur égard.

Ce n’était pas très inspirant, et cela explique, à mon avis, le manque d’engouement des soldats anglais et français en 1940 et les défaites qui s’ensuivirent.

Deux empires qui n’inspiraient plus grand’ chose chez leurs citoyens, et qui se comportaient avec brutalité envers leurs sujets. Une image pas très édifiante, plutôt à oublier aussi vite que possible qu’a fêter.

Il est donc curieux que dans les deux pays des hommes politiques et des historiens revendiquent un revalorisation de l’histoire impériale de leur nation, en montrant les bienfaits du colonialisme. En France, c’était la loi du 23 février 2005 imposant l’enseignement du ‘rôle positif de la colonisation française Outre-mer’. En Grande Bretagne, c’est la décision de notre nouveau gouvernement de donner à Niall Ferguson, historien révisionniste, la tâche de réformer l’enseignement de l’histoire dans les écoles anglaises avec le but de valoriser le rôle de la culture européenne et ses empires en façonnant la civilisation mondiale actuelle.

Il s’agit de deux empires dont la fin sanglante a suivi un échec militaire historique. Est-ce que certains de nos politiques sont si dépourvus d’idées nouvelles qu’ils doivent en chercher des anciennes dans une source aussi triste ?

Sunday, 20 June 2010

L'Appel du 18 juin: la France, l'Angleterre, face au gouffre

C’était avec profond plaisir que j’ai appris que le grand Sarko allait nous honorer de sa présence, dans notre petite île britannique, vendredi dernier, lors de sa visite à notre beau premier ministre flambant neuf, David Cameron.

Ils se sont réunis pour commémorer l’Appel du 18 juin, lancé il y a soixante-dix ans par le Général de Gaulle. Celui-ci, comme tout le monde sait, sommait la France libre de continuer le combat aux côtés de Churchill et les Britanniques. De Gaulle et Churchill : rien ne fait plus plaisir que de voir deux géants du passé salués par deux grands hommes d'aujourd'hui.

Mais en attendant nous pouvons nous contenter de Cameron et Sarko.

Le curieux pour moi était de voir les parallèles entre les deux époques. L’Angleterre avait subi de coups très rudes, dont on craignait qu’ils s’avèrent mortels ; et est-ce qu’après deux matchs nuls en une semaine, l’Angleterre d’aujourd’hui ne se trouve pas face au même danger ? D’ailleurs, un de ses matchs nuls était avec les Etats Unis, où ces derniers ont montré qu’ils représentent une force croissante qui ne tardera peut-être pas à nous dépasser. Bref, exactement comme en 1940.

Quant à la France, alors et aujourd’hui, c’est le désarroi total. Une première rencontre indécisive a été suivie d’une défaite écrasante. La France, supérieure en force, s’est fait dominer par un adversaire plus agile, plus rapide dans la manœuvre, mieux organisé. Conséquence : c’est la déroute, la débâcle. Et comme en 40, aujourd’hui c’est l’effondrement qui s’ensuit. Anelka est exclu, ces co-équipiers se soulèvent contre cette décision, les conflits à l’intérieur du groupe, jusque-là occultés, explosent avec la colère et le départ de Robert Duverne.

Il est temps de s’organiser pour éviter une prise de pouvoir sur le foot français d’un nouveau Pétain. Il est temps de préparer la résistance. A quoi songe Sarko ? Il était déjà à Londres. Il aurait fallu lancer tout de suite un nouvel Appel aux Français.

Friday, 11 June 2010

La France et l'Angleterre : la guerre souligne leur ressemblance

Je viens de terminer un livre assez curieux, The Making of Modern Britain par Andrew Marr. L’auteur est présentateur à la BBC et le livre est en fait tiré d’une série télévisée qu’il avait consacrée à l’histoire de la Grande Bretagne au vingtième siècle. Livre de vulgarisation, bien sûr, mais bien conçu et bien écrit, il fournit de temps en temps des aperçus qui m’ont interpellé. C’était le cas, en particulier, de ce qu’il m’a appris sur l’idée assez mitigée que se faisait Churchill sur le comportement du soldat britannique pendant la deuxième guerre mondiale.

Or il est depuis longtemps à la mode chez les Anglo-Saxons de se moquer royalement de l’esprit martial français. Pour nous, la principale stratégie militaire française en face de l’ennemi est la capitulation. Nous nous racontons l’histoire du général Weygand qui, après la capitulation de mai 1940, avait annoncé qu’avant septembre, l’Angleterre aurait ‘le cou tordu comme un poulet’. Churchill répond dans un discours devenu célèbre : ‘some chicken’ (pause, quelques applaudissements) ; ‘some neck’ (délire dans la salle).

Remarquons au passage que Weygand parle de l’Angleterre, en oubliant que le Royaume Uni comporte trois autres nations. Et pourtant les Ecossais ne se lassent jamais de parler de leur ‘vieille alliance’ avec la France, dirigée bien sûr contre l’ennemi commun anglais. Quelle honte que certains Français ne semblent même pas faire la différence entre l’Angleterre et l’Ecosse (ceci dit, ce manque de respect envers les Ecossais est loin d’être ce qu’il y a de plus honteux dans la carrière de Weygand).

Donc le mythe veut que l’Angleterre (avec un certain soutien de l’Ecosse, du Pays de Galles, de l’Irlande du Nord, pour ne pas parler du Canada, de l’Australie, de l’Inde, et ainsi de suite) a soutenu seule le combat contre l’Allemagne hitlérienne de mai 1940 jusqu’en décembre 1941, moment de l’arrivée – tardive comme d’habitude – des Etats Unis dans la guerre.

Comme tous les mythes, il a sa part de vrai. La population civile, comme en France, a fait preuve d’un grand courage et a subi des privations et des souffrances réelles pour tenir jusqu’à la fin. Mais il a aussi sa part de faux. L’armée britannique s’est fait battre par des forces inférieures en nombre, allemandes en Afrique du Nord et japonaises à Singapour. Sir Alexander Cadogan, du Ministère des Affaires Etrangères, écrivit dans son journal de bord ‘Nos soldats sont des amateurs lamentables, en face de professionnels’ et ‘notre armée est un objet de dérision du monde entier.’

Il paraît que le soldat britannique n’était pas plus apte au combat aux années quarante que son homologue français. Tout ce qui séparait le destin des deux pays n’était peut-être que ce qui les séparait physiquement, l’obstacle a l'invasion que représentait la Manche.

Est-ce que cela devrait nous étonner ? Les deux pays étaient exsangues après la Grande Guerre, vingt ans auparavant. En Grande Bretagne, les hommes politiques disaient de cette guerre qu’elle allait nous amener ‘un pays digne de héros’. En fait ces héros avaient connu le chômage, la misère, même la faim. C’était le moment où deux empires tiraient à leur fin, deux empires qui n’avaient profité que marginalement à leur peuple. Et ces mêmes peuples devaient se lancer vers de nouveaux sacrifices avec enthousiasme ?

Pour moi ce n’est pas du tout étonnant que ce soit les Russes et les Américains qui ont mis de l’acharnement dans les combats. Les uns étaient aux abois, les autres avaient derrière eux une société en plein essor.

Il faut leur être reconnaissant de nous avoir sortis de nos difficultés mais je comprends entièrement ces pauvres poilus, ces pauvres Tommys, qui n’ont pas fait preuve d’un zèle égal au leur. Une fois par génération, des chefs les envoyaient au Calvaire au nom de structures impériales dépassées et qui ne profitaient de toute façon qu’à eux.

Ils en avaient franchement marre. Ils avaient raison.

Monday, 31 May 2010

La presse anglaise et les malheurs d’un ministre gai

Qu’est-ce que ça bouge en Angleterre, mon beau pays d’ordinaire si calme, si conservateur.

Ça ne fait pas encore trois semaines que nous avons notre nouveau gouvernement Conservateur – Libéral Démocrate et pourtant il a déjà subi sa première perte : David Laws, ‘Chief Secretary to the Treasury’, a démissionné samedi.

Le Chief Secretary c’est le numéro deux du ‘Trésor’, le Ministère des Finances, seul ministère à avoir deux ministres au Cabinet. Notre pays de boutiquiers prend le fric au sérieux. Le rôle du Chief Secretary c’est de veiller au niveau des dépenses, ce qui équivaut dans la conjoncture actuelle à appliquer les réductions budgétaires profondes auxquelles nous nous attendons tous.

Or je ne sais que très peu sur David Laws et je ne suis pas du tout partisan de notre nouveau gouvernement. Ceci dit, Laws a la réputation d’être compétent et droit. Personnellement, j’aurais préféré qu’on lui donne au moins le temps de se prouver apte ou inapte avant de le chasser.

Pourquoi donc est-il parti ? Très simplement, parce qu’il est gai. Eh oui. Ce n’est ni illégale ni même condamné d’être gai en Angleterre de nos jours. Plusieurs ministres du dernier gouvernement l’étaient, au moins un du gouvernement actuel l’est. Quand un de nos quotidiens avait monté, il y a plus de dix ans, une campagne contre le premier de nos ministres à être ouvertement gai, le journal a été contraint à l'abandonner par le poids des opinions contraires exprimées par ses lecteurs dans un sondage qu’il avait organisé lui-même.

La différence pour Laws est qu’il avait voulu garder le secret sur sa sexualité. On peut critiquer ou approuver sa décision mais il me semble qu’il s’agit d’une décision qui revient uniquement à lui. Malheureusement, pour protéger le secret, au lieu d’établir un ménage officiel avec son conjoint et se faire rembourser les frais comme prévu par la réglementation parlementaire, il a présenté le conjoint comme propriétaire et s’est fait rembourser un soi-disant loyer. Tout indique que cette approche ne lui a pas valu un centime de plus que ce qu’il aurait eu de toute façon, et son but n’était que de garder le secret sur sa vie privée.

En France, évidemment, tout cela serait passé sans commentaires. Après tout, Félix Faure est mort dans les bras de sa maîtresse (magnifique le mot de Clémenceau faisant allusion à la manière de sa mort, ‘Il voulait être César, il ne fut que Pompée’). Et bien sûr Mazarine hantait l’Elysée pendant que son père naturel François Mitterand l’occupait sans que cela fasse scandale. Mais ici nous avons une presse très spéciale. L’un de ses représentants les plus toxiques est le Daily Mail qui a décidé de publier des ‘révélations’ sur le ‘cas’ Laws.

La pression médiatique a été intolérable. Laws a démissionné en tant que ministre, et selon des rumeurs il songerait même à démissionner en tant que député.

J’aimerais bien voir chuter ce gouvernement dirigé par un parti Conservateur dont les objectifs me semblent aussi pourris que toujours, les idées sociales aussi arriérées que jamais. Mais j’aimerais bien qu’on les renverse par des moyens politiques.

Quel dommage que leur première perte soit celle d’un homme apparemment honnête, cassé uniquement pour des causes liées à sa vie privée.

Wednesday, 19 May 2010

Pour lui, malgré eux

Un fait historique : le 8 mai, Sarko tient un discours à Colmar où il défend l’image des ‘malgré nous’, la première fois qu’un président ait même eu l’idée de parler d’eux.

Qui étaient ces malgré nous ? C’étaient des jeunes hommes comme mon oncle par alliance René qui ont été enrôlé de force dans l’armée allemande pendant la deuxième guerre mondiale. Quand l’Allemagne s’appropria – où, de son point de vue, récupéra – l’Alsace et la Moselle, elle traita ces régions non pas comme des territoires français occupés, mais comme des provinces réintégrés au Reich. Par conséquent, les habitants étaient perçus comme citoyens de l’Allemagne et donc sujet à l’obligation du service militaire allemand.

Certains l’évitèrent, mais c’étaient les familles qui payaient le prix : elles se trouvèrent souvent déportées en Allemagne et bon nombre n’en revinrent jamais. Dans le cas de René, son frère ainé était parti et la police lui avait fait comprendre que rien ne se passerait si lui faisait son service, mais s’il partait à son tour, les choses irait très mal pour la famille. Il a donc passé la guerre à la Luftwaffe, fait que je trouve personnellement ironique, étant donné qu’à la même époque mon père était dans la RAF anglaise.

René m’a expliqué qu’il a dû employer toute son habileté pour pouvoir réussir les examens que la Luftwaffe lui imposait – l’alternative était le front de l’Est – sans faire de zèle excessif. Malheureusement, il n’a pas pu entièrement éviter le front de l’Est : à la fin de la guerre, les Allemands n’avaient presque plus d’avions, ni de carburant, et donc la Luftwaffe n’avait plus vraiment besoin de malgré nous. Le pauvre René s’est trouvé à Königsberg, l’actuel Kaliningrad russe, où il a participé à la déroute des troupes allemandes, et est rentré à pied jusqu’en Allemagne où il a eu la chance de se faire prendre prisonnier par les Américains.

Dans tout cela, René et les milliers d’autres malgré nous ont été des victimes des Allemands et pas des collaborateurs, et c’est ce que Sarkozy a reconnu lors de son discours de Colmar. ‘Les "malgré nous" ne furent pas des traitres’, a-t-il dit. ‘Ceux qui n'ont rien fait pour empêcher cette ignominie perpétrée contre des citoyens français ont trahi les valeurs de la France, l'ont déshonorée. Vichy a trahi la France et l'a déshonorée.’

La sœur de René et sa fille ont été touchées par ce discours. Curieusement, René lui-même l’était beaucoup moins. Ça le laissait indifférent. J’avais voulu écrire qu’il s’en foutait comme de l’an quarante, mais en fait l’an quarante compte pour beaucoup dans sa vie, puisque c’était le début de sa transformation en malgré nous.

Je me demande si son indifférence envers les beaux mots du Président exprimait le sentiment, que je partage, que ce n’étaient que de beaux mots ? Je ne veux pas du tout dévaluer la grandeur d’âme du Président, que je trouve parfaitement égale à sa grandeur physique, mais au prix de me faire prendre pour un cynique, je ne peux m’empêcher d’exprimer quelques légers soupçons concernant ses mobiles.

Après tout, c’est un discours qui risque de faire plaisir surtout en Alsace. Dans les autres régions, peu de gens sont au courant de l’histoire des malgré nous.

Et depuis les élection régionales récentes, l’Alsace est la seule région de France métropolitaine gérée par l’UMP, le parti du Président.

Coïncidence ? Où est-ce que Sarko veut assurer ses bases dans la seule région qui lui reste loyale ?